24 Jan 2017 Posted By Anne-Sophie CROUZET A LA UNE Optical Center



     Par un arrêt du 13 décembre 2016 que L’OL [MAG] s’est procuré, la Cour d’appel de Paris a ordonné à l’enseigne de cesser sa pratique « consistant par le biais de campagnes de rabais promotionnels à attirer les consommateurs en leur faisant croire que ces rabais leur offrent un avantage tarifaire alors qu’ils sont proposés ou appliqués aux consommateurs toute l’année ». Optical Center explique avoir corrigé cette pratique et se pourvoir en cassation.


     A l’automne 2015, dans le cadre d’une procédure engagée par le directeur départemental de la protection des populations (DDPP) de Paris, le juge des référés du TGI de Paris a enjoint Optical Center de cesser « les pratiques illicites consistant à proposer des rabais fictifs sur les produits d’optique, d’audioprothèse et accessoires au moyen de campagnes publicitaires qui se chevauchent dans le temps de sorte que les prix de référence affichés en magasin ne sont jamais pratiqués ». Optical Center a interjeté appel de cette première décision, argumentant que, depuis janvier 2016, la périodicité de ses campagnes a été modifiée, avec une première campagne du 1er janvier au 31 juillet et une seconde du 1er septembre au 30 novembre (contre trois auparavant, de janvier à mars, de mai à juillet et de septembre à novembre). Pour l’enseigne, « la réalité des prix de référence étant avérée, elle offre un véritable avantage aux consommateurs et en conséquence ses publicités sont loyales ». Elle précise également, entre autres, que « la distribution des publicités se fait de façon dissociée, sur plusieurs zones et non concomitamment, de sorte que les bénéficiaires de l’offre ne sont pas toujours identiques (…) et qu’une personne se situant dans la zone de chalandise du magasin ne bénéficient pas de l’intégralité des périodes d’offre de réduction ». Optical Center explique enfin que la durée de validité des offres figure sur ses campagnes TV et qu’il « ne peut lui être fait grief d’absence de période de promotion alors que c’est le fonctionnement de la carte de fidélité FNAC qui offre en permanence 5% de réduction sur le prix des livres, que le prix de référence des produits est affiché en magasin et que des échantillons de factures sont produites montrant que de nombreux clients ne bénéficiaient pas de réduction ».

« Rabais aussi attrayants qu’imaginaires », selon le plaignant
Dans le cadre de cet appel, la DDPP a de son côté réexposé ses arguments, selon lesquels Optical Center « trompe le consommateur en lui faisant croire qu’il bénéficie d’une réduction alors que son achat s’inscrit dans un contexte de promotions qui ont lieu toute l’année, nonobstant la diffusion ou non de publicités sur la même période, et que le prix qu’il paie n’est ainsi pas un prix promotionnel mais le prix normal qui s’applique d’une manière générale à tous les consommateurs ». Le plaignant explique « que le consommateur est attiré sur la base de rabais aussi attrayants qu’imaginaires et conclut un achat en pensant bénéficier d’un avantage particulier dans les faits inexistants, ce qui est la définition même de la pratique commerciale trompeuse ». Il signale en outre que, avant le 31 décembre 2015, les campagnes duraient 9 mois sur 12 mais que durant les 3 autres mois des promotions étaient tout de même appliquées et que « le changement de construction des campagnes, avec désormais une date de début et de fin de validité, s’explique par la décision déférée qui a reproché à Optical Center un chevauchement dans le temps, alors que le grief qui était soutenu reposait sur la permanence des rabais proposés et la facticité du prix de référence ».

Les prix de référence « ne sont pas appliqués », estime la Cour
Dans son arrêt du 13 décembre 2016, la Cour d’appel de Paris fait état d’un rapport de la DGCCRF selon lequel Optical Center a mis en œuvre deux campagnes du 1er janvier au 31 juillet 2016 et du 1er septembre au 30 novembre 2016, mais que, en août 2016, les montures optiques et solaires ont fait l’objet de devis et de factures comportant des remises. Des responsables de magasins ont par ailleurs déclaré que des remises étaient effectuées toute l’année. Les juges ont ainsi conclu que les offres sont appliquées en réalité non-stop, « situation qui ne peut être comparée à la carte d’adhérent de la Fnac qui est réservée aux seuls adhérents de l’enseigne contre paiement ». Ils ont aussi considéré que, si le prix de référence est affiché, Optical Center ne démontre pas qu’il est effectivement facturé de manière habituelle et qu’il correspond à une réalité commerciale. De fait, la Cour a conclu qu’il « est manifeste que les pratiques commerciales de la SAS Optical Center consistant à remiser ses prix en permanence -antérieurement à janvier 2016 à partir de campagnes publicitaires qui se sont succédées et même parfois chevauchées- sont trompeuses pour le consommateur moyen, le conduisant à prendre une décision commerciale qu’il n’aurait pas prise autrement, dès lors qu’elles tendent à lui faire croire qu’il bénéficie d’un avantage tarifaire qui en réalité bénéficie à tout consommateur toute l’année, et que les prix sur la base desquels les réductions sont proposées ne sont pas effectivement pratiqués ; qu’elles sont constitutives d’un trouble manifestement illicite qu’il convient de faire cesser ». Les juges ont en outre considéré que l’évolution du litige, « caractérisée par la modification desdites pratiques postérieurement à l’ordonnance de référé, conduit à son infirmation et à la nécessité d’ordonner de nouvelles mesures ».  Dans la ligne de la précédente décision, ils sont ainsi ordonnés à Optical Center de cesser cette pratique sous astreinte de 250 000€ par campagne publicitaire ayant démarré postérieurement à la date de leur arrêt. La Cour d’appel a également condamné l’enseigne à publier dans Les Echos et Le Parisien, ainsi que sur ses sites Internet, un communiqué judiciaire résumant la décision.

Optical Center, que nous avons contacté, nous a indiqué avoir modifié ses campagnes en leur attribuant désormais une date de début et de fin pour être en accord avec la loi. La société, qui souhaite aller au bout de cette procédure, se pourvoit par ailleurs en cassation.


Note: Cette pratique as toujours existé chez Optical Center depuis sont arrivé sur le marché. 

En octobre, une étude commanditée par L’Observatoire citoyen des restes à charge au cabinet Asterès vantait les mérites des réseaux de soins. L’économiste Frédéric Bizard publie de son côté une contre-analyse visant à montrer « le vrai visage » de ces dispositifs, qui sera envoyé à tous les candidats à la présidentielle.

« Le rapport Asterès sur les réseaux de soins reprend fidèlement les arguments défendus par les plateformes commerciales qui les opèrent et par les Ocam qui les financent. Il offre une opportunité d’ouvrir enfin le débat », explique Frédéric Bizard, qui analyse dans son contre-rapport les allégations du cabinet en y ajoutant ce qui n’y est pas dit. Ainsi, il assure que, contrairement à ce qu’indique le premier rapport pour justifier la montée en puissance des complémentaires, il n’y a aucun retrait des régimes obligatoires dans le financement des soins, dont le taux de 76,6% est strictement identique à celui de 2000. La France ne ferait pas plus face à un risque d’explosion des dépenses de santé : « les estimations sérieuses d’ici à 2060 prévoient une hausse de 2 points de PIB ». Alors qu’Asterès affirme que les Ocam jouent un rôle essentiel dans l’accès aux soins, le problème du reste à charge résidant essentiellement dans les tarifs libres des professionnels de santé, la contre-analyse indique que la couverture de la population en complémentaire santé est passée de 50% en 1970 à 95% en 2015 et que le marché des Ocam a doublé depuis 2001. « Malgré cela, le renoncement a augmenté », relève Frédéric Bizard, en ajoutant que, sur l’optique et l’audioprothèse, aucune donnée ne vient étayer les accusations de tarifs élevés, la comparaison avec les autres pays européens montrant que, dans les deux secteurs, les prix en France se situent dans la fourchette basse.

Un système in fine inflationniste
L’économiste affirme également que, à l’inverse de ce qu’avanceAsterès, les réseaux de soins ne sont pas un mode de régulation efficace : « Parler d’un modèle de régulation pertinent en santé pour un concept qui vise à maximiser les volumes de prestations par professionnel en contrepartie d’une baisse de tarifs est une ineptie. » Le système dégrade au contraire la qualité des soins et est in fine inflationniste, insiste-t-il, au regard de l’expérience américaine. Frédéric Bizard cite également la récente étude l’Assurance maladie qui, pour l’optique, montre que la maîtrise des prix s’est réalisée en contrepartie d’un taux de renouvellement en forte hausse des lunettes, ce qui augmente la dépense globale. Quant à la pertinence des réseaux en matière de régulation de la qualité, il souligne que « les critères de sélection n’ont aucune valeur scientifique ou sont très généraux. Les réseaux ne disposent pas en outre de personnel suffisamment qualifié pour contrôle la qualité médicale ». Par ailleurs, sur le contrôle de la fraude, « on est dans la situation du pompier pyromane » : non seulement les pratiques des plateformes ne sont pas régulées et d’une grande opacité, mais de plus, l’effet volume représente à ses yeux une incitation à la fraude plus qu’un outil de régulation. Le référencement d’un nombre limité de fournisseurs serait également, selon lui, un obstacle à l’innovation. Faisant notamment référence à Carte Blanche, il certifie que « tout réseau de soins a vocation à devenir acheteur et à se substituer au professionnel de santé dans sa décision thérapeutique ». Enfin, concernant le suivi de la satisfaction mis en valeur par les réseaux de soins, il ne s’agirait que d’une appropriation, par les plateformes, du taux de confiance très élevé des usagers vis-à-vis des professionnels de santé en général.

« Qui supervise l’activité des réseaux ? »
Frédéric Bizard aborde également différents points non évoqués dans le rapport Asterès. Il indique, entre autres, que « les dysfonctionnements croissants du marché des Ocam accélèrent les renoncements aux soins » : les frais de gestion astronomiques diminueraient le retour sur cotisations des assurés,  les garanties sur les soins courants seraient inadaptées à la couverture du risque (tous les contrats prennent en charge les tickets modérateurs pour les soins de ville, ce qui déresponsabilise le patient) et la segmentation segmenté entre les actifs couverts par un contrat collectif et les inactifs couverts par un contrat individuel creuserait les inégalités. L’économiste pointe du doigt l’absence de régulation des plateformes et l’opacité de leurs pratiques : « Qui supervise l’activité des réseaux qui ne font pas moins que d’orienter les Français dans leur prise en charge chez les professionnels de santé et d’imposer à ces professionnels des protocoles de prise en charge ? », questionne-t-il. Il avertit enfin que les réseaux engendrent une médecine à deux vitesses, « innovante pour les plus aisées et low-cost pour les autres », avec en sus une dégradation de l’accès géographique aux professionnels de santé dans certaines zones. Pour Frédéric Bizard, le système des réseaux de soins est tout bonnement incompatible avec une bonne gestion du risque au XXIème siècle, avec les principes fondamentaux de notre système de santé, et conduira à affaiblir considérablement le système de santé si la France persiste dans cette direction.

Pour lire le rapport complet, cliquez ici

Photo : De gauche à droite : Frédéric Bizard, Jean-Yves Le Goff (conseiller de François Fillon pour les questions de santé) et Jean-Luc Sélignan (président d’Optic Libre). 

LOGO

LOGO, nouveau symbole du déclin de l'industrie lunetière française

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Un employé de LOGO à l'oeuvre à Morez, dans l'est de la France, le 18 octobre 2016 ( AFP / Sebastien Bozon )

Menacée de fermeture depuis la fin de sa collaboration avec LVMH, l'entreprise LOGO, dernière grande manufacture de lunettes de France, risque de devenir le nouveau symbole du déclin de l'industrie lunetière française, née dans le Jura à la fin du 18e siècle.

Le long bâtiment blanc du lunetier LOGO s'étire à l'entrée de Morez, commune montagneuse du Haut-Jura où un maître cloutier nommé Pierre Hyacinthe Caseaux réalisa la première monture de lunettes françaises en fil de fer en 1796.
Derrière ces murs, des milliers de montures de lunettes sont découpées, des branches façonnées, de minuscules pièces poncées et polies à la main, et même des diamants sont sertis sur de très luxueuses montures.
"Dans l'usine, on a encore une diversité de savoir-faire qu'on ne retrouve pas chez d'autres lunetiers de la vallée qui ont souvent un bureau de design ici, mais confient la production à un fabricant en Chine", explique à l'AFP Damien Monier, DRH du lunetier jurassien créé en 1896.
Une employée de LOGO, manufacture de lunettes à Morez, dans l'est de la France, le 18 octobre 2016
Une employée de LOGO, manufacture de lunettes à Morez, dans l'est de la France, le 18 octobre 2016 ( AFP / SEBASTIEN BOZON )
"LOGO est la dernière manufacture qui fait encore des lunettes de A à Z", à l'exception de certaines pièces détachées produites en Indonésie, souligne le maire de Morez, Laurent Petit.
Depuis plus de vingt ans, l'innovante société jurassienne dessine, fabrique et commercialise dans le monde entier les lunettes des prestigieuses marques Fred et TAG Heuer, deux filiales du numéro un mondial du luxe LVMH.
Quelque 500.000 paires sortaient chaque année des ateliers du Groupe LOGO qui emploie 177 salariés en France, plus de 200 salariés dans une usine indonésienne et une trentaine aux Etats-Unis, à Hong-Kong ou encore en Italie.
Mais l'idylle s'est terminée en décembre 2015 quand LVMH a annoncé qu'il retirait ses deux licences au lunetier jurassien.
Désormais, une pancarte "LVMH s'il te plaît, pense à Morez ! Panse LOGO et ses 200 emplois", annonce l'entrée de l'usine, et une banderole "TAG Heuer - LOGO n'arrêtons pas 16 ans de succès !" orne sa façade.
- "gestion défaillante" -
Le groupe LVMH met en cause la "gestion défaillante" de la direction qu'il a "maintes fois alertée" depuis 2012, lui signalant "que ces conditions anormales d'exploitation et de gestion ne permettraient pas le renouvellement de la licence".
Un panneau devant l'entreprise LOGO à Morez, dans l'est de la France, le 18 octobre 2016
Un panneau devant l'entreprise LOGO à Morez, dans l'est de la France, le 18 octobre 2016 ( AFP / SEBASTIEN BOZON )
De son côté, la direction de LOGO reproche à son donneur d'ordre de vouloir "abaisser le prix moyen de vente pour faire plus de volumes".
Le Groupe LOGO, dont les 40 millions d'euros de chiffre d'affaires sont réalisés grâce aux produits LVMH (97% pour TAG Heuer et 3% pour Fred), a été placé en redressement judiciaire le 12 mai dernier.
Le 2 novembre, le tribunal de commerce de Lyon statuera sur son avenir.
Direction, salariés et élus locaux sont unanimes: "Seule LVMH peut sauver LOGO en confiant la production de ses lunettes à un éventuel futur repreneur".
D'après Sébastien Mignottet, responsable du comité d'entreprise de LOGO, le lunetier Cémo a déposé un dossier de reprise pour "les brevets, le mobilier et les machines et seulement 34 postes".
En cas de refus du tribunal, le groupe sera liquidé.
"La liquidation judiciaire, on s'y attend. On s'y prépare et les salariés aussi", confie à l'AFP M. Mignottet, qui a mis en place une cellule pour aider les salariés à trouver un autre emploi.
Depuis mars, une trentaine de personnes ont déjà quitté l'entreprise.
Une employée à l'ouevre à la manufacture LOGO à Morez, dans l'est de la France, le 18 o
Une employée à l'ouevre à la manufacture LOGO à Morez, dans l'est de la France, le 18 octobre 2016 ( AFP / Sebastien Bozon )
Pour les autres, ce sera un licenciement de plus dans la vallée de la lunette où les fermetures et les délocalisations d'entreprises se multiplient depuis une vingtaine d'années, au profit de l'Italie et de l'Asie, où les coûts de main-d'œuvre sont moindres.
Le nombre d'emplois liés au secteur dans la vallée est ainsi passé de 4.500 emplois dans les années 80 à 1.600 emplois environ en 2016.
Pour Elsa Alves, 51 ans, ouvrière chez LOGO, le constat est amer: "On a un grand savoir-faire, mais il y a de moins en moins d'emplois".

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Lons-le-Saunier : la moitié des salariés de la lunetterie Henry-Jullien licenciée

En redressement judiciaire depuis début avril, la lunetterie Henry-Jullien doit se séparer de plus de la moitié de ses salariés. En cause : des prix de vente trop bas et une mauvaise conjoncture qui ne permettent pas à l'entreprise lédonienne d'équilibrer ses comptes.

"Nous allons nous redresser !" déclare Pierre Fauveau, PDG d'Henry-Jullien, lunetterie depuis 95 ans à Lons-le-Saunier. L'entreprise jurassienne qui compte 61 salariés doit supprimer 34 postes. Le fabricant de lunettes est en redressement judiciaire depuis le 1er avril. La plupart des salariés concernés seront licenciés d'ici la fin de la semaine.

Henry-Jullien avait déjà du se restructurer il y a deux ans. Neuf salariés avaient alors été licenciés. La lunetterie a ensuite effectué d'importants investissants, permettant d'augmenter son chiffre d'affaire de 15 % en 2015. Mais cela n'a pas suffi : après un début d'année catastrophique, Henry-Jullien doit à nouveau baisser ses côuts. L'activité industrielle a été réorganisée. La production se concentre maintenant sur les produits hauts de gamme.

"La recherche du bas-prix est une aberration"

D'après le PDG de l'entreprise, la lunetterie française dans son ensemble est victime des prix de vente aux consommateurs de plus en plus bas : "La recherche du bas-prix est une aberration, c'est toujours ceux qui sont les plus en amont qui trinquent, indique Pierre Fauveau. On n'arrivait plus à sortir de marge, nos produits étaient trop chers pour le marché et pas assez chers pour nous permettre d'atteindre l'équilibre. Nous sommes un des deux derniers fabricants français avec cette typologie : création, conception, fabrication et vente. Ce n'est pas industriellement viable." L'autre fabricant, Logo à Morez, serait lui-aussi en redressement judiciaire.